Il est temps d’éveiller les consciences !
Les exemples se multiplient ces derniers temps, et il serait temps que les futurs commanditaires de produits graphiques soient suffisamment informés pour que ces pratiques cessent. J’aime ma profession, j’y tiens, et je tiens à ce qu’elle soir revalorisée ! Le seul résultat du travail spéculatif à long terme, est la destruction des professions de la création quel que soit le domaine.

Cessez de gangréner notre profession !

Il n’est pas rare de recevoir des demandes de proposition commerciale, accompagnées d’un brief plus que succinct voire bâclé, auxquels les « futurs clients » ajoutent une demande de « pistes » ou « d’ébauches » créatives en précisant que leur demande a également été envoyée à d’autres confrères. Le but étant, vous l’aurez compris, de recevoir plusieurs avant-projets afin de ne choisir que le devis qui présentera la ou les pistes créatives préférées du client.

Autre pratique couramment observée ces derniers temps : le concours, ouvert à tous, et dont le prix (qui peut sembler alléchant pour toute personne étrangère au monde professionnel de la création) est dérisoire comparé au temps cumulé que les participants auront consacré à cette tâche, ainsi qu’à la quantité de propositions reçues par l’initiateur du « jeu concours ».
La mission proposée requiert généralement des compétences, une connaissance des règles et une expérience qui se sont pas à la portée de n’importe quel amateur, contrairement à l’idée véhiculée par ce type d’appel public à la participation. Elle s’est vue à de nombreuses reprises lors des créations de logos des nouvelles régions (notamment pour la région Occitanie), honteux de voir que les pires exemples viennent d’organismes publics.

L’exemple le plus flagrant de ces dernières semaines :

Le lancement, le 6 janvier dernier, du concours pour la création de l’affiche de la Fête du cinéma, qui offrait « généreusement » 5000€ au gagnant, et un an de cinéma aux 9 autres finalistes. Une sélection par un jury opaque selon des critères peu clairs, un texte d’annonce racoleur ventant la « visibilité » et le « gain de notoriété » du gagnant ; une « récompense » inversement proportionnelle à la condescendance de la FNCF qui a soulevé l’indignation dans la profession.

Quelques jours à peine après la publication de ce concours, c’est une vague de messages de professionnels indignés qui déferle sur la page Facebook de l’organisateur ; une pétition pour le retrait de ce concours est même mise en ligne, récoltant près de 3700 signatures… Rien n’y a fait, la FNCF a maintenu le concours, répondant aux interpellations des professionnels par une obstination aveugle et un maintien du concours en l’état. Une page de révolte est même créée sur Facebook, n’hésitez pas à la soutenir sur le lien suivant : La fête du travail gratuit.

Extraits de la lettre adressée à la FNCF :

« Le concours repose sur le principe du « perverted crowdsourcing ». Sous prétexte de n’obliger personne à participer, vous comptez cependant sur l’annonce d’une unique récompense alléchante pour inciter des centaines (des milliers ?) de personnes à travailler gratuitement. »

En résumé, comptant sur la naïveté et l’ignorance des participants, vous êtes purement et simplement en train de vous offrir des milliers d’heures de travail non rémunéré, tout en décidant unilatéralement du tarif de l’unique prestation que vous achèterez au seul vainqueur, ainsi que du montant et des conditions (abusives) de la cession de droits d’auteur afférente, bref … vous êtes en train de renverser totalement les codes d’une relation client/prestataire saine et constructive.

Alors si vous souhaitez lancer un concours ?

Prenez en compte ces quelques points (pour bien commencer) :

  • Les résultats du concours ne sont pas revendus ni réutilisés,
  • le concours vous est bénéfique, à vous ou la communauté dans laquelle vous évoluez dans son ensemble (puisque en contrepartie, cette communauté vous offre de nombreux avantages),
  • le lot coïncide avec le travail fourni,
  • le règlement du concours est déposé chez un huissier (c’est obligatoire: art L121-38 du code de la consommation).


La recommandation spontanée tue la création

C’est tout un art d’équilibriste pour un designer que d’éviter de travailler gratuitement… En effet, la pratique des recommandations gratuites s’est instaurée selon quelques traditions bien établies, telles que les concours publics d’architecture, ou les démarches commerciales agressives, typiques des agences des secteurs des médias et de la publicité.

Ces pratiques ont contaminé les appels d’offre des institutions publiques depuis une vingtaine d’années. Au point, que des designers qui exercent leurs talents surtout dans ce secteur, sont «happés» par l’engrenage des projets non rémunérés.
Méthode de vente ou force des choses — proposer gratuitement ses compétences ou répondre à la demande abusive d’un client — est contre-productif au point de courir à la faillite de son activité et à la dévalorisation de toute une profession. C’est, tôt ou tard, s’appuyer sur l’économie des projets des clients précédents ou sur la main-d’oeuvre de personnes en apprentissage.

C’est une attitude d’amateur qui nie toute reconnaissance professionnelle.
Sauf, par engagement personnel dans le contexte d’oeuvres caritatives, un designer professionnel ne doit pas travailler sans rémunération.


La charte de commande de design graphique

Télécharger le guide de la commande de design graphique
Ce guide permet à tous les commanditaires, novices ou expérimentés, de faire le point sur les bonnes pratiques à mettre en œuvre afin d’aboutir à des réalisations de qualité et à des relations
de confiance.


Pour en finir avec ces pratiques…

… je vous propose de visionner cette courte vidéo qui illustre parfaitement ce qu’est le travail spéculatif, qui semble ne toucher et ne dévaloriser que les professions du domaine de la création, et j’adresse un petit message personnel à tous les organismes qui gangrènent la profession de graphistes :

Iriez-vous dans un restaurant, commander un ou plusieurs plat qui vous font envie, « juste pour voir si c’est bon », et en ne réglant, que si cela vous a plu, la modique somme que vous aurez préalablement décidé (unilatéralement bien sûr!) ?



Pour ouvrir les yeux :

Extrait de la lettre ouverte de Gilles Deléris, cofondateur et directeur de la création de l’agence W à Sébastien de Creads Partners :

Les créatifs, figurez-vous, doués de raison, aiment, même pour des sujets modestes, comprendre ce pourquoi on les sollicite. Prétendre se satisfaire d’un coin d’une table ou d’un coup de clic, est insultant. Cela revient à considérer que leur contribution sera bien peu de chose. Les graphistes, les designers, les directeurs artistiques sont des interprètes. La compréhension des enjeux, les objectifs assignés à la demande, le contexte concurrentiel, la nature des résultats escomptés supposent qu’on y consacre du temps et de l’intelligence. Leurs travaux ont peu à voir avec la cosmétique ou le hasard. Ce sont des prestations intellectuelles nourries de contenus et d’insights, et qui nécessitent du temps d’exploration et de maturation.

Pour retrouver l’intégralité de la lettre : http://www.strategies.fr/blogs-opinions/idees-tribunes/1048307W/cher-sebastien-de-creads-partners.html


Pour vous informer :

Circulaire relative aux règles et bonnes pratiques en matière de marchés publics de design
La liste noire des appels d’offre éditée par l’Alliance Française des designers
Les recommandations du Kit de survie des créatifs au sujet des concours graphiques


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